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Petite histoire de la rencontre en ligne : une chronologie

21 juin 2016 Commentaires

Du minitel rose aux applis rencontre, Comparatif Rencontres remonte le temps et vous raconte les succès et les désillusions de la rencontre en ligne en France, une histoire qui a déjà 20 ans !
Cette chronologie non exhaustive vous est proposée par Fred Simon, utilisateur occasionnel mais observateur assidu de ce secteur très concurrentiel.

Petite histoire de la rencontre en ligne : une chronologie

Quand on m’a proposé de retracer l’histoire de la rencontre en ligne en France depuis les débuts d’Internet, je me suis projeté 20 ans dans le passé pour me rappeler cette anecdote : En 1996 j’avais 22 ans et je découvrais Internet. Je me souviens de ce couple, une française et un québécois, croisé sur le site de chat : The Virtual Baguette. Ils devaient se marier dans l’année et s’étaient rencontrés sur le chat en question. Internet balayait d’un seul coup les distances physiques, les barrières culturelles et sociales, je prenais alors conscience des possibilités infinies de rencontres, qu’elles soient amoureuses ou amicales.

Avant Internet

L’utilisation d’Internet en France par le grand public commence véritablement fin 1994 avec les premiers fournisseurs d’accès. Les français sont à l’époque déjà des usagers confirmés d’un réseau numérique, initiés par le petit terminal informatique marron beige de France Télécom : le Minitel. En marge de l’annuaire téléphonique 3611, les messageries roses et sites de petites annonces de charme piquent la curiosité de nombreux concitoyens qui deviennent rapidement des utilisateurs réguliers. Le prix excessif des communications (60 francs l’heure en 3615, soit un peu plus de 9 euros) ne les décourage pas pour autant.
La corrélation service de rencontres et prix élevé instaurée par le Minitel influencera à n’en pas douter, le développement futur des sites de rencontre dans l’hexagone avec une valorisation excessive des coûts d’utilisation pour l’usager.

1995-1996

Les internautes se connectent à Internet avec un modem à 14,4 kb/s (il faut alors 10 minutes pour télécharger 1 Mo !), ils bricolent leur page perso sur Mygale.org, découvrent le chat avec The Virtual Baguette, AltaVista est le moteur de recherche qui monte, Google… n’est encore qu’une idée dans la tête de deux étudiants de Stanford.
Les quelques sites internationaux de rencontres en ligne de l’époque (16 au total listés dans l’annuaire Yahoo!) s’inspirent largement des agences matrimoniales. Ils proposent un catalogue succinct de jeunes femmes à marier venues des pays de l’Est ou d’Asie. Il faut payer pour obtenir leurs coordonnées et c’est par lettre manuscrite que l’on formule sa déclaration d’amour, la majorité des gens n’a pas encore d’email.
Aux États-Unis, Match – aujourd’hui leader mondial de la rencontre en ligne – fait ses premiers pas. En France, le Minitel rose est à son apogée.

1997

Création de Netclub, pionnier français des sites de rencontre (racheté en 2007 par Match, le site disparaîtra définitivement fin 2009).
Le Minitel rose a dégagé les bases d’un système de rencontres en ligne viable : pages de profils condensées, petites annonces, chat (discutions en direct) et messagerie privée (la fameuse BAL du Minitel). La banalisation de la webcam, intégrée aux ordinateurs portables dès la fin des années 90, permettra ensuite d’enrichir l’expérience « live » malgré une qualité d’image souvent très médiocre.

1998

Les messageries roses 3615 s’invitent « techniquement » sur Internet à l’image de Cum et Ulla. Les utilisateurs peuvent accéder au service directement depuis leur ordinateur via un plugin d’émulation. L’interface est identique au Minitel, la lenteur aussi.
Les échanges sont essentiellement textuels pour le moment. Les utilisateurs ne partagent pas facilement leur photos. Ils ne sont pas suffisamment à l’aise avec l’outil informatique et cette incartade à leur vie privée n’est pas aussi banale qu’aujourd’hui.

1999

Création d’Amoureux, premier site de rencontre français entièrement gratuit. L’activité est assurée par les publicités mises en avant sur le site, un compromis rédhibitoire pour certains mais qui permettra au site Amoureux de perdurer près de 15 ans.
Amoureux est racheté en 2015 par Meetic. Le site gratuit n’existe plus, ce n’est plus qu’une façade d’accès alternative pour Meetic.

2001

Lancement d’EasyRencontre (rebaptisé EasyFlirt en 2006). Sa réussite est liée à son développement précoce mais surtout à son système d’affiliation en marque blanche relayé par des milliers de webmasters dont une bonne partie font aussi la promotion de sites adultes. Ce mode de diffusion garantit à EasyFlirt une visibilité accrue et une place de second site de rencontre le plus fréquenté en France pour les dix années à venir, avec un positionnement plus connoté rencontres légères, coquines.

2002

Marc Simoncini crée Meetic. Deux ans auparavant, l’entrepreneur a vendu le portail iFrance à Vivendi pour 182 millions d’euros. iFrance était l’un des premiers sites communautaires français. Meetic s’appuie donc sur une base financière solide. Le site de rencontre est largement plébiscité par les internautes, Il revendique dès ses débuts une dimension européenne qu’il atteindra rapidement.

Les affiches Meetic placardées sur les panneaux publicitaires des grandes villes participent à la découverte par le grand public du phénomène des rencontres en ligne. Mais la réputation sulfureuse du Minitel rose a marqué les esprits. Les utilisateurs de sites de rencontre restent pour le moment relativement discrets et n’évoquent pas encore le sujet avec leur entourage.

2004

Le site PointsCommuns propose des rencontres par affinités culturelles. Dis-moi ce que tu lis, je te dirais si on est fait l’un pour l’autre.
Les usagers dépassés par la multitude des possibilités de rencontres, par des recherches fastidieuses et des contacts peu concluants, pourraient bien trouver leur salut dans la recherche de similitudes ou de critères autres que l’immuable ASV (Age, Sexe et Ville). Le besoin de se regrouper, de trouver sa tribut, va se concrétiser avec l’émergence fulgurante des réseaux sociaux, d’abord MySpace (2002), puis Facebook (2004). Les possibilités de rencontre sur ces sites sont évidentes mais elles ne sont pas mises en avant par les réseaux sociaux. En parallèle, les sites de rencontre vont se spécialiser autour d’une thématique, d’un public ou d’un mode de rencontre singulier.
La parité est loin d’être acquise sur les sites de rencontre, les hommes sont sur-représentés et c’est d’autant plus vrai pour les rencontres dites «  coquines ». Pour palier à ce déséquilibre, quelques sites décident d’offrir un accès complet et gratuit aux femmes.

2005

Site de rencontre par affinités

Le site allemand Parship (2001) arrive en France. Il offre une approche différente des rencontres en ligne avec le matchmaking. Les propositions de rencontres entre utilisateurs sont orientées, basées sur leurs affinités. Un test de personnalité permet d’évaluer leurs traits communs ou leur complémentarité. Son concurrent direct Be2 utilise une méthode similaire. Tous deux s’inspirent du site américain eHarmony (2000), grand entremetteur de mariage outre atlantique qui étrangement ne viendra jamais s’immiscer sur le marché Français.
L’expression « rencontres sérieuses » devient alors le slogan d’une nouvelle génération de sites de rencontre. Les plus de trente ans, soucieux de trouver un partenaire pour fonder une famille ou vivre une relation stable et durable, deviennent leur cible privilégiée.
Meetic, premier site européen de rencontre en ligne, entre en bourse. L’américain Match s’intéresse au « petit » français. Meetic rachètera les activités de Match en Europe en 2009, avant d’être à son tour racheté en 2011 par ce dernier.

2007

Le site AdopteUnMec joue la carte de l’humour avec son « supermarché des rencontres ». Les femmes ont l’initiative du premier contact et la gente masculine est reléguée en rayonnage. AdopteUnMec fait le buzz avec son concept gentiment provocateur, il rencontre un succès populaire porté par le bouche à oreille.
Dans une moindre mesure, Attractive World fait aussi parler de lui sur un principe différent : les rencontres cooptés ou sélectives (les utilisateurs valident l’accès aux postulants selon leur profil). La base des membres fondateurs définie en quelque sorte le standing. Si Attractive World affichait clairement un critère élitiste à ses débuts, c’est moins vrai aujourd’hui.

2008

Les rencontres par affinités séduisent les utilisateurs plus âgés notamment les seniors. Les a priori des débuts sont définitivement balayés, faire des rencontres sur Internet est dans l’air du temps. Les sites web de grands journaux (Le Monde, Libération ou encore Elle) proposent une section rencontre à leurs lecteurs, généralement en partenariat avec un site de rencontre populaire.
Sur les pas de Parship, l’allemand eDarling débarque à son tour en France. Meetic suit la tendance et lance Meetic Affinity. D’autres essayeront de prendre le train en marche mais un peu tard, la locomotive matchmaking va marquer le pas.

2009-2011

Les utilisateurs sont plus exigeants, ils souhaitent un service personnalisé, des propositions plus spécifiques en réaction à une offre généraliste qui leur paraît trop confuse et hasardeuse. La rencontre en ligne se diversifie, trois tendances se démarquent sur cette période :

Les sites de niche

Les rencontres s’organisent au sein d’un groupe ou d’une communauté, autour d’une passion ou d’un centre d’intérêt. Pour n’en citer que quelques-uns : mektoube.fr (2006 – affinités culturelle et religieuse), droite-rencontre.com (2009 – affinité politique), marmitelove.com (2010 – passion culinaire), geekmemore.com (2011 – affinité culturelle).
Mais la multiplication des propositions et la course à l’originalité ne garantissent pas l’adhésion des publics visés. Quelques sites s’en tirent plutôt bien et maintiennent une fréquentation honorable, mais nombre d’entre eux s’essoufflent après une brève période de curiosité médiatique.

La rencontre extra-conjugale

L’infidélité est tendance ! C’est le message marketé en 2009 par les sites de rencontre étiquetés sous l’anglicisme casual dating (soit des relations intimes consenties sans engagements). Ils sollicitent les célibataires volages mais surtout les personnes déjà en couple qui souhaitent vivre discrètement une aventure, « une expérience » avec un partenaire différent. Initié par le site canadien AshleyMadison dès 2001, les deux principaux représentants de ces sites en France sont Gleeden et casualdating.fr
Les campagnes d’affichage du premier dans le métro parisien ne plaisent pas à tout le monde, on accuse le site de faire l’éloge de l’adultère. Le buzz est là, Gleeden gagne la partie. AshleyMadison, pourtant précurseur du genre tardera à se manifester en France (fin 2012), sans jamais vraiment s’imposer.

Réseautage social et rencontres

Ces sites de rencontre se « branchent » sur des réseaux sociaux déjà en place, principalement Facebook. Ils utilisent les interactions possibles avec le réseau et bénéficient d’une diffusion quasi virale à partir des liens déjà existants entre utilisateurs. C’est le cas de Badoo (dès 2006) et Zoosk (en 2008). Leurs débuts en France ont tardé. Ces sites sont essentiellement utilisés par les plus jeunes, très à l’aise avec les réseaux sociaux, et du fait de leur gratuité.
Les usagers sollicitent de plus en plus leur téléphone portable, compagnon indispensable de leur quotidien. Les sites de rencontre tardent à s’approprier l’outil. Les premières applications sont guère convaincantes, de simple copie sans intérêt du site web.
Les sites de rencontre n’ont visiblement pas encore saisi le formidable potentiel d’un service nomade.

2012-2015

Les rencontres IRL (In Real Life)

En réaction aux échanges virtuelles, les rencontres réelles font leur retour. Sur un modèle amorcé par le site On Va Sortir ! dès 2007 (pour des rencontres amicales), puis repris par Attractive World, les rencontres IRL s’organisent autour d’événements et mettent en relation sur place un petit groupe de personnes. Tous les prétextes sont bons pour se frotter au réel : activités sportives ou culturelles, sorties, apéros, restos… Pasta Party (2009) et Meetserious (2012) réunissent ainsi leurs célibataires autour d’un bon repas et Smeeters (2013) autour d’un verre, un moment convivial et idéal pour faire connaissance. De son côté, Meetic organise à partir de septembre 2012 ses soirées célibataires (50 soirées par mois dans 39 villes).

Applications mobiles de rencontre

Les utilisateurs de smartphone sont de plus en plus nombreux. L’écran tactile libère l’interface, les machines sont plus puissantes, des applications spécifiques – pensées mobile – sont proposées sur les deux systèmes d’exploitations phares : iOS et Android. Automne 2013, l’américain Tinder débarque en France un an après son lancement outre-atlantique. Son application 100% mobile propose des rencontres de proximité et en instantané, avec notamment l’utilisation de la géolocalisation. Si Tinder fait beaucoup parler de lui auprès du grand public il ne faut pas oublier qu’il s’est largement inspiré de Grindr (2009) une application de rencontre gay, plus confidentielle mais très populaire auprès de ses utilisateurs masculins.
Sur les pas de Tinder, le français Happn lance en 2014 une application de rencontres hyper-géolocalisées (quelques mètres seulement).

A suivre…

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